A sa naissance Rome participe de deux civilisations: ses artistes à l’époque républicaine profitent des
apports aussi bien étrusques, égyptiennes que grecs, avant d’arriver au style romain proprement dit.
Les Romains, à force de conquête, finirent par prendre les colonies grecques établies en Italie. La
prise de Syracuse provoqua un tel engouement pour les objets d’art, que l’enlèvement pour ne pas
dire le pillage des statues en marbre et en bronze à destination de Rome devinrent légion, sans jeu de
mot ! Toutes les personnes qui rentraient de Grèce vantaient les mérites des merveilleuses peintures,
sculptures qu’ils y rencontraient. Ceci pouvait expliquer que Rome était la plus belle ville de
Méditerranée mais l’art romain illustre le commencement de la dissolution de la sculpture classique.
Pour Hegel « L’idéal proprement dit n’est plus la base de la conception et de l’exécution tout entières.
La poésie de l’inspiration spirituelle, le souffle intérieur et la noblesse d’une représentation parfaite en
soi, ces traits caractéristiques de la sculpture grecque, disparaissent et font place, de plus en plus, à la
prédilection pour un genre plus proche du portrait ».
La sculpture romaine est fortement influencée par la sculpture grecque. Mais si les grecs insistent
plus sur l’harmonie des formes et le calme d’une oeuvre, au contraire les sculptures romaines
expriment d’abord le mouvement et ont un aspect souvent sévère et martial. Le soucis des Romains
n’est pas la beauté mais la représentation des faits d’armes, leurs dirigeants, et les événements de leur
histoire.
Scipion
Auguste
Octavie
Dame Flavienne
Le caractère éminemment réaliste de l’esprit romain s’affirme avec originalité dans les portraits : le
sculpteur étudie attentivement la physionomie de l’individu,il en saisit les traits et compose une image
qui n’est pas seulement une fidèle reproduction de la morphologie, mais surtout le portrait
psychologique et moral de l’individu.
La tendance à l’idéalisation apparaît surtout dans le buste d’Auguste. La Dame flavienne en pierre
laisse deviner l’utilisation du trépan pour traiter de la masse des cheveux. Le visage est sensuel, les
lèvres pulpeuses. Les cheveux sont tressés en chignon à l’arrière. L’aspect est à la fois théâtral et
réaliste. Du Vème au Ièr Siècle av.JC. la femme du peuple est fruste et rougeaude ; la femme de la
« haute société » conserve sa beauté dans ses pots et « la figure qu’elle montre ne dort pas avec
elle ! » La toilette matinale est complète, les dents émaillées à la corne pilée et, déjà, les verrues
masquées par des mouches. Visage cérusé, yeux cendrés d’antimoine ou safranés, joues rougies
d’orcanette ou de minium donnent une figure « ripolinée » qui fait craindre que la figure ne tombe en lambeaux au moindre mouvement.
Beaucoup de copies de chefs d’oeuvres grecs dont les originaux étaient perdus ont permis de
connaître des chefs d’oeuvres disparus.
Pompée
César
Le portrait très fidèle et très expressif, est en fait le genre le plus cultivé par les premiers sculpteurs de
l’époque républicaine.
Les portraits en bronze ou en marbre répondaient eux aussi à des exigences plus sociales et morales
qu’esthétiques. Les bustes des ancêtres donnaient du prestige à la maison et, dans leurs images
sévères, les jeunes devaient trouver le stimulant nécessaire pour se montrer dignes de leur vertu.
Hadrien
Antinoüs
Dame romaine
Commode
Caracalla
La beauté romaine est une beauté codifiée par l’hypocrisie des moyens qu’elle se donne, obsédée par
la dissimulation. Il est important de dissimuler les avanies du temps… La série des portraits marque,
parfois, une tendance à l’idéalisation parfois tempérée par une finesse hellénistique.
Portrait d’un boulanger et son épouse (Pompéi) II ème siècle
La vigoureuse personnalité de ces deux visages populaires, rude et instinctive chez le mari, plus fine
et avisée chez la femme fait de ce portrait si vivant le chef d’oeuvre du portrait pompéien.
La Dame (Fayoum)
Homme (Fayoum)
La galerie des portraits du Fayoum est fascinante. Elle mériterait une visite beaucoup plus longue, car
elle nous met en présence des derniers visages de l’humanisme gréco romain ; dans ce temps où,
selon le mot magnifique de Flaubert repris par Marguerite Yourcenar, “les dieux n’étant plus et le
christ n’étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc-Aurèle, un moment unique où l’homme seul a
été”, où les peintres du Fayoum ont inventé ces figures d’hommes uniques et irremplaçables, quoique
faits de tous les hommes. “La Dame du Fayoum” clôt par son hiératisme le temps du portrait et
annonce les commencements de l’icône.
On sait que les portraits funéraires appartiennent à une longue tradition égyptienne, mais les visages
du Fayoum semblent plus proches de nous quoique étalés sur trois siècles.
IL s’agit des plus anciens portraits peints qui subsistent : ils ont été exécutés alors que s’écrivaient les
Evangiles du Nouveau Testament. Pourquoi les personnages représentés ont-ils tant de présence ?
Pourquoi ont-ils une individualité qui ressemble, à s’y méprendre, à la nôtre ? Pourquoi ont-ils l’air
d’être de notre temps bien plus que n’importe quelle autre oeuvre des deux mille ans d’art européen
traditionnel qui ont suivi ? Les portraits du Fayoum nous émeuvent comme s’ils avaient été peints le
mois dernier. Pourquoi ? C’est cela leur énigme.
On les a trouvés dans des nécropoles, car ils ont été peints pour être joints, après leur mort, aux
personnes momifiées. Il est probable qu’ils ont été exécutés d’après nature (à tout le moins certains,
comme le suggère leur étrange vitalité) ; en cas de mort brutale, d’autres ont pu être exécutés après
coup. Ils proviennent d’un moment de transition historique.
Portraits funéraires du Fayoum
La majorité des portraits funéraires présentent les visages grandeur nature. Ils doivent assurer au
défunt un visage dans l'au-delà identique à celui de sa vie sur terre. Ils sont très expressifs, même
après 2000 ans d'oubli.